Libellés

jeudi 30 janvier 2020

DES IMAGES & DES MOTS. URRUGNE, PAYS BASQUE (2019).


 Un amoncellement de fleurs et de plantes ; une végétation luxuriante se déployaient devant mes yeux… Loin de m’étouffer, elle était devenue l’indispensable support à ma rêverie. Chaque fois que j’en ressentais le besoin, je plongeais longuement en elle pour en tirer des bénéfices infinis… Une simple photographie avait-elle ce pouvoir ? C’était le pari. Des images et des mots contre la morosité. 
Une abondance, la plénitude d’une nature belle et forte capable de panser momentanément les maux. Des rêves qui se projettent bien au-delà du paysage, loin derrière ; là où les promesses sont en germe, là où demain, tout sera possible... S’arrêter ici, face à l’immensité et à la beauté. Contempler. Ne plus penser. Simplement observer. Ecouter. Ressentir.

Puis revenir. Reprendre son chemin pour aller plus loin. Conserver en soi tout ce que le cliché photographique promettait : un bref instant de bonheur volé au temps présent. 
Rien de plus. Pari gagné.



mercredi 18 septembre 2019

Charles pépin, Les vertus de l’échec, 2018.


« Ni rire, ni pleurer, comprendre », Spinoza.

Ce petit essai fait appel aux plus grands philosophes pour parvenir à changer le regard que l’on porte trop souvent sur l'échec. « En France, échouer est mal perçu. Nous y voyons une faiblesse, une faute, et non un gage d'audace et d'expérience ». Pourtant, le succès est souvent l’aboutissement de parcours chaotiques, de rêves rompus ou de destinés mal engagées. Charles de Gaulle, Nelson Mandela, Barbara ou Ray Charles sont autant d’exemples qui nous prouvent que la réussite est, certes, affaire de talent mais aussi de persévérance, de volonté, de passion et courage…

Dans une société où tout est fait, dès le plus jeune âge, pour que l’on pense trouver l’épanouissement personnel sous un conformisme fallacieux, le traité de sagesse que nous propose Charles Pépin ouvre bien des chemins de traverse à notre réflexion. C’est une fascinante galerie de personnalités publiques qui ont toutes composé avec l’échec, chacun dans leurs domaines,  se battant pour leurs idéaux, parfois au péril de leur vie ou à l’épreuve du temps. Abraham Lincoln aura attendu d’avoir 60 ans pour devenir président des Etats-Unis ; et c’est à lui que nous devons l’abolition de l’esclavage ! « La difficulté attire l’homme de caractère, car c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui-même » affirmait Charles de Gaulle.

Etre capable de s’interroger sur ce que l’échec dit du réel est une autre manière de voir le monde ; cela permet de mieux comprendre comment celui-ci fonctionne et comment l’individu peut y trouver sa place. Charles Pépin rappelle le sens du mot « échec », qui en ancien français, désignait un butin : « Le butin est ce qu’une armée prend à l’ennemi, le produit d’un vol ou la récolte d’un botaniste ; dans tous les cas, il est signe de victoire. Il est tentant de croire à cette étymologie car c’est elle qui nous guide le mieux vers l’idée de la sagesse de l’échec. Nos échecs sont des butins, et parfois de véritables trésors. Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir, et les partager pour en estimer le prix ».

samedi 7 septembre 2019

MATIN


Se réveiller quand toute la maison dort.
Voler un peu de temps à l'agitation future... Observer le soleil se lever, écouter les bruits naissants de la maison qui, peu à peu, va s'animer.
Tendre l'oreille...
Un grincement, celui d'un escalier peut-être, ou d'un vieux parquet...
Ecouter le bruit de la machine à café et s'imaginer ailleurs, en pleine nature, frôlant les herbes folles, humant la rosé du matin et le sous-bois environnant.
S'arrêter.
Démarrer la journée du bon pied.

Je vous recommande chaudement ces magnifiques photographies de la nature! 

dimanche 28 octobre 2018

Gambas au citron vert et à la coriandre

Pour un plat complet, comptez environ 6 gambas (crues) par personne. 
Le plat peut-être accompagné de riz, de quinoa ou de spaghettis fins selon les envies. 
Il est plutôt rapide à faire! L'idéal est de préparer son riz auparavant et de faire mariner les gambas dans la sauce 1/2 journée. 


LES INGRÉDIENTS:
Pour 2 personnes:
- 12 gambas crues
- 1 citron vert entier
- 2 cuillères à soupe de sauce soja (supermarché asiatique)
- 4 cuillères à soupe d'huile d'olive
- Sel, poivre, piment (selon les goûts)
- 1/2 bouquet de coriandre
- 1/4 gousse d'ail

photo extraite du site: Marie-Claire 





LA PRÉPARATION:
1) Faîtes cuire du riz (basmati ou thaï selon les goûts).
2) Dans un grand bol, faîtes mariner les gambas avec les ingrédients mentionnés ci-dessus.
Il faut qu'il y ait assez de sauce pour que les gambas soient aux 3/4 recouvertes.
Mettre au frais 2-3h.

LA CUISSON:
1) Faîtes réchauffer le riz au micro-ondes en le recouvrant de papier transparent pour qu'il ne sèche pas trop.
2) En parallèle, mettez une grande poêle à chauffer bien fort. Quand celle-ci est brûlante, déposez-y les gambas et faîtes-les légèrement griller. N'y mettez pas encore toute la sauce!
3) Une fois les gambas cuites ( passées de grises à rose), baissez le feu en jetez- le reste de la sauce.

LA PRÉSENTATION:
 Dans une jolie assiette, un peu de riz (on peut lui donner une forme avec un petit bol éventuellement) et les gambas à côté.
Variante: les mettre sur une brochette avant la cuisson.

Bon appétit! 








mardi 16 octobre 2018

Charles à l'école des dragons: l'album qui a tout!


 Les histoires des éditions du Seuil Jeunesse font souvent preuve de poésie et d'originalité... 

Celle de Charles à l'école des dragons ne fait pas exception à la règle. Elle recèle en prime de très grandes qualités à côté desquelles il serait dommage de passer... Nos coeurs battaient à l'unissons lors de histoire ce soir... 

Voici ce qui pu en déclencher les battements:
Passons la couverture assez commune et découvrons:

- Un incroyable univers, sorte de bestiaire imaginaire des dragons les plus fous! Couleurs variées, expressions des regards et formes travaillées, spectaculaires... L'enfant aux yeux écarquillés ne lâche plus le livre!

- D'étranges paysages où le feu, les airs et la terre se répondent...

- De biens impitoyables écoliers rappelant combien il est si difficile d'être différent en un monde qui pousse à l'uniformité.


- Des parents aveuglement aimants, indéfectibles soutiens des jours tristes...

- Un dragon flamboyant, symbôle de force et d'invincibilité, dont les ailes sont aussi grandes que l'est son imagination ; mélancolique à souhait et sombre poète d'un monde qu'il comprend peu...

- Et la voix de l'auteur surtout, qui donne sens au bestiaire et interpelle dès les premiers mots par tant de justesse sur ce que la poésie dit de la vie, la vraie; de la "vérité vraie" comme la nomme si bien les enfants... Nous, adultes, on y entend un vrai langage, dénué d'enfantillages; on sent le souffle de Baudelaire (peut-être), on imagine ce qui est dit entre les mots et l'image, le deuil terrible en filigrane... La fragilité du monde, la beauté de s'y construire un chemin, une place à soi auprès des autres...Puis, une forme de réconfort ironique et serein quand apparaît le rire, l'humour sous la mélancolie: la solution au grand problème existentiel de Charles est donné par une mouche, une simple mouche qui passait par là. La vie, c'est ça aussi!!

Impossible de ne pas s'attacher à celui qui devra, malgré toutes ses difficultés, apprendre à voler. Cet album est un vrai coup de coeur, une histoire visuellement belle et intelligemment menée, tellement riche qu'elle saura parler à tous: enfants curieux, soucieux, indifférents ou si différents, fous de dragons et/ou de fabuleuses légendes... Parents soucieux, sûrs d'eux, poètes ou pas qu'importe, je vous laisse découvrir en images quelques uns des extraits les plus savoureux:

"La fin du troisième trimestre, pour la fête de l’école, Charles a déjà rempli dix-huit cahiers de poésies. Et il se sent toujours si seul.
Parce que les autres petits dragons continuent de se moquer de lui, Charles s’enfuit. Il marche longtemps, avant de s’arrêter tout au bord d’un volcan. Entre ses ailes et ses pieds de géant, sa voix fragile fait l’effet d’un gémissement :
O montagne qui crache le feu, 
O gigantesque gouffre
Si tu pouvais te taire un peu, 
tu entendrais combien je souffre…
A ses mots, le volcan se met à trembler plus fort. Une épaisse fumée jaillit de son cratère… Vlabadaboum
Le souffle de l’explosion projette Charles dans les airs, comme un boulet de canon. Il monte, monte dans le ciel, toujours plus haut. Un court instant, il semble voler au-dessus des nuages, puis il retombe. Dans sa chute, il serre son cahier de poésies contre son cœur.
Adieu maman ! Adieu papa !
Adieu le monde cruel et sans joie.
Cette fois c’est bel et bien fini. 
Je vais mourir un mercredi…
- Nous sommes dimanche le coupe une toute petite voix.
- Qui a parlé demande Charles ? Un ange ?
- Ce n’est que moi, répond la mouche qui le suit partout. Qu’attends tu pour déplier tes ailes ? Regarde les miennes, elles sont minuscules, et pourtant je vole. Je fais même des acrobaties. Alors pourquoi pas toi ?
- C’est vrai se dit Charles Pourquoi pas moi ?
Et Charles lâche son cahier. Il déploie ses ailes, immenses. L’air fait le reste.
- Je plane ! Je plane !!! hurle Charles. Mais .. comment je fais pour virer ?
- Avec tes pieds, gros bêta, répond la mouche. Il sont assez grands pour ça, non ?
A la fête de l’école, tout le monde lève la tête. Il est midi moins cinq, et la lumière se voile soudain. Une tâche sombre masque le soleil. C’est Charles. A lui tout seul, il pèse comme un couvercle sur la vallée. Il fait nuit.
- Le poète ! crient les petits dragons en chœur. C’est Charles, le poète !
- Il faut fêter ça dit la maîtresse. Et profitant de cette nuit soudaine, à midi pile, elle déclenche le plus énorme de tous les feux d’artifice. Partout dans le ciel, à l’ombre de Charles, les fusées explosent. Les couleurs fusent. Tout le monde éclate de joie. « C’est le plus beau » répètent les parents de Charles. « le plus beau du monde.. » Parlent-ils du feu d’artifice ou de leur fils ?
Charles chante dans les airs :
Qu’ils ont l’air bête. Qu’ils sont bas.
Vu d’en haut on ne voit que leurs têtes
Chacun semble si plat, 
on dirait des omelettes…
Et notre jeune dragon s’en va. Son cœur palpite de joie. Il est désormais assez grand pour visiter le vaste monde. Il sait voler, il sait cracher du feu. Alors, poursuivant son chemin, il disparaît à l’horizon plein de promesses."

mercredi 19 septembre 2018

Choisir.

"Qu'est-ce qu'un Humain? 
Un être qui ne cesse de choisir ce qu'il est" 
(Viktor Frankl, psychiatre autrichien et survivant de l'Holocauste)


"Pendant que nous parlons, le temps jaloux s'enfuit. 
Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain" (Horace).



jeudi 16 août 2018

Fin de partie…

Photographie issue de l’excellent blog de Libé « Daily Fiction ».

Mais finalement, qu’est-ce que c’était « Gagner » ? 
Courbés au sol, genoux à terre, nous reprenions peu à peu conscience de notre état d’hommes, et les états d’âme, que nous aurions bien après la victoire affleuraient peu à peu… 
Rompus de douleurs, dans la lumière du soleil couchant, je repensais soudainement à toutes les étapes que nous avions franchies pour en arriver là. Tant de sacrifices, de personnes oubliées ou délaissées, de moments de vie évanouis. Nous venions de gagner mais j’étais un homme faible…
Toute victoire a un prix.



Lily Moods. 
Toute reproduction est interdite sans l’autorisation de l’auteur – Copyright 2016 E.Habert.

lundi 5 juin 2017

Le plein d'omega 3 dans votre assiette !

POURQUOI METTRE LE HARENG AU MENU?
C’est un petit poisson peu dispendieux qu’on peut facilement consommer une ou deux fois par semaine, frais ou en conserve.
Situé en bas de l’échelle alimentaire, il accumule moins de métaux.
Ce poisson gras fournit de précieux oméga-3 en abondance.
Il est riche en nutriments. Il contient notamment des protéines complètes, des vitamines A, D et du groupe B, du sélénium et du phosphore.


COMMENT LE CUISINER ?
Son goût est assez fort, aussi je préconise de le découper en petits carrés pour le faire mariner dans du citron vert agrémenté d’oignons doux, d’épices et de cornichons, un peu comme pour un tartare.
J’ai fait le choix de le servir sur un écrasé de pommes de terre.
Un peu de persil et de baie de genièvre et le tour est joué !



ET POUR LES ENFANTS ?
Le hareng contient de très fines arrêtes qui peuvent leur déplaire. C’est la raison pour laquelle je le découpe en carrés fins… Si vous bambins sont jeunes, ils apprécieront plus le plat avec une ou deux tranches de saumon fumé préparée avec la même marinade (allégée en oignons pour les plus sensibles).


Bon appétit !  

samedi 15 avril 2017

Des romans pour les 4 saisons!

PRINTEMPS
Les trois lumières, Claire Keegan: quel charme la langue de Keegan donne-t-elle à la nature Irlandaise? Une simplicité rayonnante et savoureuse. On est là, en plein champs, l’air frais sur le visage, observant le balancement des herbes hautes et folles… La terre est puissante, les sentiments purs. Une bouffé d’air à l’état brut !

Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi: écouter la partition d'une relation amoureuse dans une Paris enchanteur, déambuler et arpenter les rues dans l’attente… C’est un roman mélancolique, mais pas seulement ! 



ETE
Du domaine des Murmures, Carole Martinez: voir le monde enfermée, dans une tour en plein été et ne pas suffoquer... Le récit d’une femme qui a choisi.

Invisible, Paul Auster: quête d'identité et trio amoureux. On est à la frontière du polar, le désir est présent, complexe ; les personnages hantés. 



AUTOMNE
Lambeaux, Charles Juliet: ma révélation 2014! Le plus beau récit que je connaisse sur une mère. On se remémore une campagne que l’on a parfois connue mais on admire surtout, et on écoute sans aucun bruit, la douce et très sensible voix de Juliet, parfaite incarnation de l’authenticité littéraire.
Grâce, Delphine Bertholon: un thriller psychologique et fantastique dans une maison familiale. Inquiétudes au rendez-vous! L’hiver n’est pas loin… 




HIVER
Le livre des Baltimore, Joel Dicker: une narration efficace au sein d'une famille extra(ordinaire).
Esprit d’Hiver, Laura Kasischke : Comme toujours chez Kasischke, la nature écrit d’elle-même et sa plume ne semble être qu’un relais… Et l’hiver est ici glacial, pesant, engluant au fur à mesure qu’il progresse vers la maison d’Holly et de Tatiana, sa fille, alors qu’ils s’apprêtent à fêter noël en famille. Un face à face intriguant. Un récit pétrifiant!



dimanche 5 mars 2017

Comment s'échapper du monde le temps d'une lecture: Winter, Rick Bass.

Résumé de l'éditeur: "Winter est le récit de l'installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d'électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. 

Dans une prose lumineuse, le défenseur de l'environnement Rick Bass redécouvre, au terme d'un progressif dépouillement, l'essentiel."

On y est enfin! On lit, on est en plein Paris ou dans n'importe quelle ville ailleurs, et pourtant nous sommes déjà si loin... Nous n'entendons plus que le bruit du vent tourbillonnant dans les arbres et annonçant l'hiver... La maison dans laquelle Rick Bass et sa femme s'installe est isolée de tout. C'est un rêve, une évasion, celle qu'on ne se permet pas. Là-bas tout est simple, évident, pur. La neige arrive et par la fenêtre quelques animaux viennent rompre le silence d'un quotidien qu'il faut reconstruire. Couper du bois, s'assurer que la connexion minimum de la radio fonctionne, en cas d'urgence, comprendre quel chemin emprunter pour se rendre dans le village voisin... 

Ce livre est une vraie pause, l'occasion d'un évanouissement splendide dans un vie trépidante, le ralentissement d'un coeur, à contre-courant, pour ne pas oublier l'essentiel. 

Sur Rick Bass: http://ecrivainsmontana.free.fr/bibliographie/bass/bass.htm

jeudi 9 février 2017

Quels dessins animés pour nos enfants?

Un site bien pratique pour choisir les dessins animés de nos enfants. Classés par âge, celui-ci propose un résumé du film en mettant en avant les atouts et les moments potentiellement stressants. 

 http://www.filmspourenfants.net/video/videofilm.html

"Mon voisin Totoro" de Hayao Miyazaki. 


mercredi 8 février 2017

Quand le magazine Flow rime avec déco (récup intelligente, détente, bienveillance ... et bien d'autres choses encore!)


Un paquet cadeau rigolo, 
pour personnaliser nos présents...



...et de petites décorations pour améliorer 
nos objets du quotidien: 



http://www.flowmagazine.fr/

vendredi 11 novembre 2016

Et si c'était ça, la vie ?


Prendre, chaque jour, pour soi, un bref instant; sortir du tourbillon, du ballet incessant... 

Ne plus penser à rien. Profiter pleinement. 
Profondément concentré, tout à son activité, s'autoriser ce moment sans culpabiliser...
Y Plonger, comme en des eaux profondes; explorer l'en dessous, en tirer la beauté, le calme, la sérénité... 
Songer à ce que ça nous fait. 
Courir dans une forêt, lire au coin du feu, s'allonger sur un transat, faire une balade. 
Repousser ses limites, rouler, nager, méditer, voyager. 
Songer à regarder, entendre puis réellement écouter. Le rire d'un enfant, le chant des oiseaux, la voix d'un ami. 
Garder au fond du cœur cet instant si précieux, comme une ressource intime, intouchable, une source de plaisir intense... Pouvoir y accéder chaque fois que nécessaire, en prendre le réflexe, se protéger de l'extérieur. 
Et revenir aux autres, plus fort que jamais, sachant bien qu'il existe quelque part un lieu à soi où se replier. 
Profiter de la vie, seuls ou à plusieurs. Partager, échanger, souffler. 




mercredi 2 novembre 2016

Sylvie germain, L'inaperçu (2008): mettre à mal l'identité pour accéder aux mystères de l'âme....

L’inaperçu est celui que l’on frôle sans s’en apercevoir. Un homme, un parfait inconnu qui prend pas à pas possession de la vie des autres… d’une autre… Sabine Berynx.



Son mari décédé dans un tragique accident de voiture, elle élève seule ses quatre enfants. Etouffant sous le joug de sa belle famille et principalement d’un beau-père autoritaire qui lui impose une pression sournoise et constante, elle rencontre Pierre Zébreuse à l’approche des fêtes : un singulier Père Noël pour photographies d’enfants de bonne famille à qui elle propose un emploi de vendeur

Cet homme, déguisé, détonante figure paternelle sans identité réelle (ni passé ?) va progressivement s’immiscer dans la vie des membres de la famille Berynx. Comme un détonateur, il amènera chacun à reconsidérer sa place, à se regarder en face pour voir s’y refléter ce qu'il est réellement... 

Les personnages mûrissent au fur et à mesure que cet homme avance dans le temps, explorant les jardins et les murs de cette demeure familiale dont l’interrogation de l’espace est en elle-même une enquête. 

Chaque portrait et chaque lieu est une pièce éparse du puzzle que Sylvie Germain construit jusqu’à la fin… Le parcours de cet homme étrangement fragile éclot alors comme une évidence, et nous permet de constater combien nous sommes fait des autres, perméables à tout et à tous… 

Force est alors de constater qu’encore une fois ici l’auteur possède une voix personnelle faite d’éruditions et d’un amour du langage menant à des ficelles sensibles sur le monde. Elle parvient toujours à dire la vie intime des êtres, leurs souffrances profondes ou leurs interrogations les plus inattendues y compris dans les zones où ils ne s’autorisent pas eux-mêmes à entrer. 

Or c’est justement ici-même que L’inaperçu est un révélateur, un homme qui passe, et qui part mais dont l’écho des pas, longtemps, se prolonge…. 



Une brillante introduction au texte à ne pas manquer : bravo à l'auteur de cet article! 
« Les premières pages du dernier roman de Sylvie Germain, L’inaperçu, nous disent d’emblée que les choses ne sont pas ce qu’elles ont l’air d’être et qu’il ne va pas être facile de démêler l’écheveau identitaire de cette famille Bérynx  […] Ce dernier roman de Sylvie Germain, sous ses allures de conte de Noël, continue d’explorer les non-dits et les malentendus inhérents à la nature humaine, les faiblesses de chacun (qui sous sa plume deviennent souvent des richesses), toutes les tragédies intimes avec finesse et luminosité, mais la colère semble avoir quitté l’auteure qui nous avait habitués à des visions d’une plus grande fulgurance. »



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mercredi 19 octobre 2016

La fille sur la photo. Images et projections de soi.

Nos ressources personnelles. Nos réflexions.

          Au loin, proche de la mer, une fille, sur une photo. Un espace immense sans autres limites que celles imposées par le cadre du cliché.
Le papier jaunâtre, vieilli, freine une partie de la vision, stimulant ainsi l’imagination. Qu’est-ce que la photographie si ce n’est un enchevêtrement de sens entre la vie, l’oubli et la fiction ? Ce jour-là, que s’était-il passé ? Quel souvenir en ai-je gardé? Comment réécrire l’image pour reconstruire son histoire ?



          De tout temps, la photographie inspire les artistes. Parfois, elle sert simplement de point d’ancrage dans une réalité historique, sociale ou géographique. D’autres fois, elle est encore l’occasion d’une exploration plus intime, d’un accès à soi, aux multiples facettes qui constituent une personnalité. Elle permet de retrouver des souvenirs très lointains, oubliés ; de vagues réminiscences.
                Chaque jour, à toute heure, nous scrutons notre image. Le miroir naturel qui troublait tant Narcisse fait désormais partie intégrante de notre quotidien. Nous ajustons notre image afin de la rendre plus conforme à ce que nous voudrions être. Mais cette fille que j’observe longuement et redécouvre en consultant mes albums, est-elle Autre ?
J’ai l’impression de la connaître et pourtant, quand je la regarde avec insistance, je suis étonnée de lui découvrir un air qui m’était jusqu’alors inconnu, étranger, que ne saurait saisir mon miroir. Cette expression, d’autres la perçoivent sans doute mais étrangement, je n’y ai jamais accès. En quoi suis-je encore aujourd’hui cette fille rieuse, qui paraissait si épanouie
aux yeux des amis présents en ce jour d’anniversaire ? Quelle part de ma mélancolie l’image contient-elle ? J’apparais une et si multiple à la fois.


              Je réajuste l’image, mon image. J’assemble les pièces éparses d’un puzzle. Plus je la guette, la scrute, l’apprivoise, plus cette fille sur la photo m’aide à avancer. Je n’aurais jamais imaginé, pas même prémédité que les jours où il n’y aurait plus rien, plus personne, je pourrais y penser et m’y reposer comme en un asile. En parcourant ces albums, je retrouve des chemins sauvages, inexplorés, des routes vierges de tout souvenir.

La jubilation et le mystère me happent. J’avance dans les années, dossier par dossier, page par page. Ce que nous faisions quand nous classions nos vieilles photos ne m’avait alors semblé qu’un geste anodin, désuet, une obligation dans une liste trop longue de choses à faire, si ce n’est l’idée sublimante de vouloir « un jour les imprimer », « un jour les accrocher ». Un jeu fictionnel du Moi en somme pour les jours de pluie.
Qui est cette fille sur la photo ? C’est cette question qui ressurgira peut-être quand nous perdrons pieds. J’espère alors pouvoir m’y raccrocher, avant qu’elle ne soit plus qu’une âme perdue dans la brume d’un port lointain... Et si ces jours-là l’idée de la consulter nous venait, comme une bouée intime à portée de main ? Une affaire personnelle, sans témoins. Au vide des tristes jours se sur-imprimerait alors l’image d’un passé plus joyeux, un instantané parfois pas si vieux pris sur le vif, capturé à l’air marin. 
Je scrute l’image pour mieux (me) comprendre. J’y vois des visages pleins de promesses qui repoussent tout à coup les limites angoissantes des heures creuses. Un sourire familier, mon sourire, comme un message codé qui éloigne les douleurs. Il me rassure, me rappelle que je ne suis pas qu’une et que c’est peut-être cela qu’être humain. Des images multiples d’une même fille qui s’accepte enfin, construite de tout ce qu’elle a vécu, de tous ceux qu’elle a croisés et dont les parcours se sont embrassés. Eux. Nous. Sur une simple photo, au bord de la mer, un jour gris de novembre.



Toute reproduction est interdite sans l’autorisation de l’auteur – Copyright 2016 E.Habert.



Bibliographie inspirante :

-     Marguerite Duras, Les yeux bleus cheveux noirs, 1986, Edition de Minuit.

Milan Kundera, L’identité, 2000, Le livre de Poche.
http://www.babelio.com/livres/Kundera-LIdentite/7716

mercredi 28 septembre 2016

Quand la beauté est si frappante...




Un hiver à Paris de Jean Philippe Blondel.

Un hiver à Paris  de Jean Philippe Blondel.


Si Victor n’avait pas quitté sa province pour Un hiver à Paris, quelle aurait été sa vie? Prof de français et écrivain, le narrateur du dernier Blondel plonge en ces zones obscures du passé que la mémoire oublie. Un drame: après le lycée, Matthieu, un élève de la classe prépa qu’il vient d’intégrer, se suicide... Tout se joue ici, loin de son milieu social d’origine. On observe, suspendu au ressenti de celui qui entre dans la cour des grands, qui compose avec ce que d’autres s’empressent d’oublier. Blondel décrit un monde où les faibles n’ont pas leur place, où on joue des rôles. Pour Victor, seule une voix perçante et abyssale compte, qui marque à jamais le début de sa formation. La vraie, pas celle qui se fait en classe assis sur une chaise... Décrivant à merveille un monde pervers et cruel où la mort sert de miroir aux vivants, Blondel rappelle ce que grandir veut dire. Nous ne parvenons plus à quitter le livre tant nous cherchons à comprendre comment une formation devient vocation.


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samedi 10 septembre 2016

Notre château, Emmanuel Régniez. De qui avons-nous le plus peur ? Des fantômes ou de nos fantômes ?

Notre château, Emmanuel Régniez.
De qui avons-nous le plus peur ? Des fantômes ou de nos fantômes ?


            C’est un livre bien étrange et beau que Notre château. Aussi étrange qu’une maison vide devienne lieu de vie là où tout appelle à la mort, là où l’on ne peut se défaire du souvenir des aïeuls qui l’avaient autrefois habitée. Dans cette étrange maison vivent deux adolescents : un frère et une sœur. Seuls. Sans parents. Depuis la mort de ces derniers dans un accident de voiture, ils ne sortent plus. Jamais. A l’exception du frère qui se rend chaque semaine à la librairie du centre-ville. Un jour, contre toutes attentes, il a l‘impression d’apercevoir Véra, sa sœur. Dans le bus 39 un 31 mars. Comment est-ce possible? L’histoire est simple. Etonnante autant qu’intrigante. On voudrait savoir, comme lui, ce qu’il en sera de cette sortie... Réelle ou fantasmée ? Ponctuelle ou régulière ? Quel secret cache-t-elle ?

            Pour comprendre comment vivent en ce lieu des enfants abandonnés à leurs peurs, il nous faut tendre l’oreille, réussir à saisir les bribes prononcés par ces êtres en transfert qui se parlent peu mais ne peuvent se quitter, vivant là à la marge du monde, dans une bulle qui ne contient rien d’autres que de grandes pièces immaculées et des livres en souvenirs. Là, une  impressionnante bibliothèque trône, seule véritable âme qui vive…


            Et il nous faudra entendre véritablement les mots inlassablement répétés par les protagonistes, jusqu’à comprendre qu’ils rassurent ceux qui s’en saisissent comme d’un bouclier, jusqu’à ce que le lecteur lui aussi s’en imprègne et parvienne à saisir l’effroi dans lequel les personnages se figent. Apparaît ainsi la poésie d’une voix introspective qui tente de reconstruire ce que l’apparition furtive de Véra a déconstruit.

            Car ce jour-là, silencieusement, l’équilibre factice longuement acquis entre ces deux êtres interdépendants a été mis à mal. L’espace de la maison est totalement investi et comme avancerait pas à pas une enquête, une muette observation des gestes de chacun y est faite. Chaque détail compte. Il s’agit de continuer à vivre malgré le dernier lien rompu, la confiance ébranlée… Suspendus, dans l’attente du drame qui pourrait être un nouveau commencement, nous les suivons le cœur battant, dans cette étrange demeure, aussi étrange que nos indicibles peurs. Sorte d’incarnation d’un rempart contre l’angoisse, Emmanuel Régniez affirme au seuil de son texte: « Je soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur. »


            Voilà pourquoi, bien longtemps après, des questions subsistent à la lecture de ce livre. Et c’est ce qui plaît, ce qui en fait un texte étrangement à part, une bulle fantastiquement close où le lecteur est ailleurs. La maison devient un laboratoire de l’humain. On y observe l’être entre ses quatre murs, à l’âge où il se forme, et on se demande comment ce sera quand sa douleur n’y sera plus contenue.

            Quel incroyable pouvoir ont les écrivains de parvenir à mettre à distance leurs peurs et les nôtres conjointement ! Tenir en nos mains ce livre est un premier pas. Dès la première ligne, Régniez nous invite à franchir un seuil, guidés jusqu’à la fin de la visite, comme en un château hanté, par de superbes et perturbantes photographies des habitants en noir et blanc. Dans cette drôle de maison qui nous reste étrangère, qui nous fascine autant qu’elle nous fait frissonner, nous y trouverons peut-être bien davantage que ce à quoi nous pouvions nous attendre. Parce qu’en frôlant les limites du réel, l’auteur nous convie à entendre la petite musique d’un lieu qui est le miroir d’un monde intime que nous ne cessons également d’habiter plus ou moins consciemment, plus ou moins facilement…


Notre château, Emmanuel Régniez, roman français128 pagesPrix: 15,00 €
Parution: 21 janvier 2016 aux éditions Le TRIPODE.



Presse :
"Prenez votre souffle, frappez... Et entrez !". Librairie Passages à Lyon.

"Vouloir résumer l’ambiance de Notre Château est risqué, l’ingéniosité d’Emmanuel Régniez est d’avoir construit un roman aux multiples facettes servi par une écriture toute en finesse. Un roman dont l’expérience est unique et à vivre absolument." Librairie du Tramway à Lyon.
"Amis du bizarre, ce livre est pour vous. Un roman de l'étrange avec un soupçon du mouvement absurde Beckettien. Un vrai plaisir de lecture, et c'est (encore) aux éditions Le Tripode ! Nous vous le conseillons !" Librairie Les Lucioles à Vienne.
"Il faut se laisser séduire — comment ne pas se laisser séduire ? — et plonger au cœur du mystère quotidien avec ce roman singulier d’un auteur dont on se dit, comme une évidence, qu’il faudra le suivre pour sa manière fascinante de rendre l’inquiétante étrangeté du monde." Christine Marcandier- Diacritik.com.
"Un roman hypnotisant, dans lequel on chute". Le Soir.

Extrait: 

Cela fait vingt ans que ma sœur et moi habitons cette grande, si grande, et belle, si belle maison. Si grande et si belle que nous l’appelons Notre Château.
Nous en avons hérité à la mort de nos parents. Mon père en avait hérité de son meilleur ami. Celui-ci a tout légué à mon père. Il n’avait pas de famille et considérait mon père comme sa seule famille.
Il a donc donné à mon père cette grande, si grande, et belle, si belle maison. Si grande et si belle que nous l’appelons Notre Château.
Il y avait cependant une condition dans le testament : mon père ne devait pas habiter la maison, il ne devait pas la mettre en location, il ne devait pas la vendre.
Elle était à lui cette grande, si grande, et belle, si belle maison, mais il ne pouvait en profiter, ou pour le dire autrement, je crois que c’est le terme juridique approprié, il ne pouvait en jouir.
Ma sœur n’aime pas quand je dis que notre père n’a pas joui de cette grande, si grande, et belle, si belle maison.
Cette grande, si grande, et belle, si belle maison nous est revenue à la mort de nos parents. Il n’y avait pas de clause dans le testament. Il n’y avait pas de testament. Et nous pouvons ma sœur et moi habiter dans cette grande, si grande, et belle, si belle maison. Nous pouvons en jouir. Ma sœur n’aime pas quand je dis que nous pouvons jouir de cette maison.
Mais oui, nous jouissons de cette grande, si grande, et belle, si belle maison. Si grande et si belle que nous l’appelons Notre Château


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